Forte d'une grande variété de sols et de reliefs, bénéficiant d'un climat propice, la région Provence Côte d'Azur est un espace de pratique de l'escalade très apprécié des grimpeurs.
Entretien avec C. TASSAN, (Passion Provence) grimpeur et amoureux de la Provence.
Cédric vous avez bien voulu nous parler de l'escalade en région Provence et Côte d'Azur. Avant toute chose voulez-vous nous préciser les spécialités qui existent dans ce domaine et leurs principales différences ?
L'escalade qu'on la pratique ici ou ailleurs reste la même gestuelle. Il faut cependant différencier "l'escalade sportive" du "terrain d’aventure". En escalade sportive, les ancrages (ou points dans le jargon des grimpeurs) suivent des normes de sécurité très strictes : résistance, durée de vie, emplacement. Le site est "sécurisé" pour une escalade en toute quiétude. Cela va de la voie pour débutant aux voies les plus exigeantes.
On peut trouver des voies d’une longueur (40 à 45 m maxi de haut) à des voies de plusieurs longueurs (jusqu’à 400 m en Provence)
Le "terrain d’aventure" est comme son nom l’indique le lieu de toutes les aventures. On retrouve généralement des grandes voies (voies de plusieurs longueurs) où l’équipement en place est vétuste et est à poser soit même, à l’aide de pitons, coinceurs, friends… Cela demande une bonne connaissance de l’activité, des règles de sécurité et du placement du matériel. Cela va sans dire qu’il faut toujours négocier une voie en terrain d’aventure avec une marge technique bien supérieure à la difficulté intrinsèque de la voie.
Quand on parle d’escalade en Provence, il nous vient immédiatement à l'esprit les Calanques de Marseille et de Cassis. Ce site semble être un point-phare de la grimpe, que pouvez-vous en dire ?
Je vais même dire uniquement Calanques de Marseille ! Je tiens à rendre ce qui appartient à César et dire Calanques de Cassis est une appropriation abusive de la ville de Cassis. En effet, sur tout le massif, la commune de Cassis ne possède que la moitié de la petite calanque de Port-Pin et toute la Calanque de Port-Miou qui est de surcroît un port de plaisance doublé d’une carrière …
Pour revenir au Massif des Calanques, il est vrai que c'est un site phare de la région. L'escalade au bord et au-dessus de l’eau reste un privilège. De plus, l'abondance des falaises et la qualité du calcaire pousse à la consommation abusive !
À l'heure actuelle, avec la création du Parc des Calanques, l'escalade est de plus en plus pointée du doigt. En effet, le GIP et l'ONF s’acharnent énormément sur notre activité et veulent restreindre de moitié notre terrain de jeu, qui je le rappelle est historique ! L'avenir n’est pas très rose, mais j'ose espérer que la mentalité hargneuse des instances officielles changera …
La région Provence et Côte d’Azur, par la variété de ses sols et sa topographie offre un grand nombre d’autres sites d’escalade. Quels sites avez-vous envie de conseiller aux grimpeurs qui ne connaissent pas encore la région ? Quel est l'intérêt de ces sites ?
Il est vrai que se ne sont pas les sites qui manquent. Incontournablement, il faut grimper à Buoux pour son rocher très particulier et son escalade exigeante. Il y a, bien entendu, le Verdon, qu’on ne présente plus. Je conseillerai aussi la Sainte Victoire qui présente un très bon calcaire urgonien et de belles escalades. À parcourir surtout pour ces grandes voies en terrain d’aventure.
Bien sûr, il y a d’autres sites à découvrir, plus confidentiels mais pas forcément moins intéressants.
Il semble qu’avec une telle offre la région Provence et Côte d’Azur puisse satisfaire le plus grand nombre, des grimpeurs débutants aux confirmés ; existe-t-il des conditions de sécurité à respecter qui sont propres à la région ?
Concernant la Provence, il y a, bien entendu, des conditions de sécurité à respecter. On peut déjà rappeler que le feu, sous toutes ses formes, est interdit : barbecue, réchaud, cigarettes… Et que
notre forêt est très fragile et qu’elle brûle trop vite. L’été, les massifs des Bouches-du-Rhône sont en général fermés la journée sauf de 6 h 00 à 11 h 00. Il faut se renseigner auprès de la préfecture car l'arrêté change quotidiennement. Si vous comptez braver l’interdiction, le tarif est de 135 euros par tête …
Le Var a aussi un arrêté mais un peu plus souple.
Enfin, il faut rappeler qu’il fait très chaud chez nous, même au mois d'avril et qu’oublier d’emporter de l’eau en Provence et comme oublier de nager quand on n’a pas pied …
Pour conclure cet entretien, voudriez-vous évoquer pour nous votre meilleur souvenir de grimpe dans cette région ?
Les meilleurs souvenirs de grimpe ? C’est jamais facile car il y a toujours quantité de choses à raconter. J'ai vécu de nombreux moments forts dans les Calanques avec ma première grande voie en autonomie à Sormiou : une véritable aventure, alors qu'aujourd’hui on passe "en courant".
Je pourrai aussi parler de cette fabuleuse Traversée Sans Retour en plein mois de février ou récemment une journée d’escalade fabuleuse dans le Devenson avec baignade dans une eau à 20° au mois de novembre !
Il y a quand même un souvenir fort parmi toutes ces années d’escalade. C’était avec mon frère à la Sainte Victoire. Nous étions partis avec toute la quincaillerie (pitons, coinceurs, friends…) pour faire une voie en terrain d’aventure au Surplomb de la Carrière. Le temps était gris, il tombait des gouttes, et la première longueur avait eu raison de notre enthousiasme.
Finalement, frustré, en manque de réalisation, nous avons jeté un œil à droite sur une paroi de 120 m, vierge de tout passage et nous sommes partis dedans afin d’ouvrir une nouvelle voie.
C'était notre première ouverture et je peux vous dire qu’une fois arrivé en haut, nous étions très fiers !
C'est un moment très fort dans la vie d’un grimpeur de pouvoir ouvrir une voie.