Avant de vous lancer à la découverte du riche patrimoine Romain de Provence, nous vous proposons un petit retour sur l'histoire de la présence romaine dans cette région.
Ces quelques repères vous permettront de mieux situer historiquement, politiquement et économiquement, les villes et sites archéologiques que vous serez amenez à visiter durant vos vacances en Provence.
CELTO-LIGURES ET COLONIES GRECQUES
Les peuplades habitants la Provence à l’âge du fer (début du premier millénaire) sont des ligures autochtones, auxquels vont se mêler, par arrivées successives, des Celtes, venus de régions plus septentrionales. La fusion entre ces populations semble rapide, ce qui justifie le terme de "Celto-ligures" employé pour désigner ces hommes vivant dans des villages perchés (oppida), ou du moins s’y réfugiant en cas de danger. Les mieux connus sont ceux de Saint-Blaise, de Roquepertuse et, plus tardif mais aussi plus important, celui d’Entremont, capitale de la confédération celto-ligure des Salyens (1).
Les Celto-ligures pratiquaient déjà une forme de commerce au VIIème siècle avant J.-C., notamment avec les Étrusques venus de la péninsule Italienne et des Grecs de la mer Égée. Mais c’est l’arrivée des Grecs de Phocée, et leur installation à Massalia vers 600 av. J.-C., qui va ouvrir une ère nouvelle fondée sur les échanges. Au début du moins, l’installation des Phocéens se fait da manière pacifique : selon la version donnée par les textes anciens, la fondation de la colonie débute par le mariage de Protis, chef des Phocéens, avec Gyptis, fille du roi des Ségobriges. Il est certain que les Phocéens cherchaient à établir un port qui fut aussi un comptoir commercial, mais ne s’intéressaient pas à la conquête militaire de l’arrière-pays. Il y eut certes des affrontements entre Grecs et Celto-ligures, mais débouchant sur une cohabitation favorisant l’accroissement des échanges.
INFLUENCE DE MASSALIA
Les Marseillais sont d’abord des marins et des commerçants qui trafiquent avec les ports méditerranéens, mais aussi avec les peuples de l’intérieur de la Gaule, par la voie Rhodanienne. Bénéficiant d’une grande stabilité politique, la ville, dirigée par les hommes d’affaires, prospère et essaime : elle fonde plusieurs comptoirs sur les rivages méditerranéens de Gaule, qui sont autant de relais pour la navigation de cabotage, mais aussi des lieux d’échanges et de pénétration de certains aspects de la civilisation grecque. Ainsi naissent Agathe (Agde), Olbia (Hyères), Nikaïa (Nice) et Antipolis (Antibes). Les Marseillais ont la quasi-exclusivité du commerce du vin, qui se fait dans des amphores fabriquées dans la ville.
Ils dominent le commerce maritime en Méditerranée nord-occidentale, supplantant les Phéniciens et Etrusques, mais ils s’aventurent au-delà de Gibraltar dans des voyages de découverte : Pythéas, à la recherche de la route de l’étain, navigue au nord de l’Angleterre (dans les eaux d’Islande ?), alors qu’Euthymène longe les côtes de l’Afrique jusqu’au Sénégal.
Avec ses ateliers de poterie fine, ses écoles de rhétorique et de médecine, Marseille constitue pendant cinq siècles un vivant foyer d’hellénisme, ainsi en dehors du domaine des échanges commerciaux, il semble que son influence demeure limitée sur les peuples celto-ligures qui occupent l’intérieur des terres en Provence.
UNE PROVINCE ROMAINE
Entre Marseille et Rome existe une véritable alliance, fondée sur des services mutuellement rendus. Marseille apporte à Rome une aide navale et financière, et en contrepartie fait appel à elle lorsque les peuples de l’intérieur menacent les colonies marseillaises fondées sur la côte. Ainsi les Romains interviennent-ils en 154 av. J.-C. pour défendre Nice et Antibes. En 125 av. J.-C., Marseille fait à nouveau appel à Rome, pour faire face à la menace des Salyens, alliés aux Voconces et aux Allbroges. Il faut plusieurs campagnes aux Romains pour venir à bout de cette coalition : en 124 av. J.-C. le consul Sextius Calvinus prend l’oppidum d’Entremont, capitale des Salyens, mais contrairement aux opérations précédentes où les Romains s’étaient retirés après la victoire, ils décident de rester présents en Provence afin de mieux contrôler la route de l’Espagne récemment conquise. En 122 av. J.-C., Sextius Calvinus fonde, au pied de l’oppidum d’Entremont, une ville romaine où il installe une garnison : Aquae Sextiae (les eaux de Sextius), Aix, première ville romaine de Provence est née.
Les combats contre les Gaulois continuent au-delà du Rhône et débouchent sur la création d’un province romaine, allant de l’Italie à l’Espagne, et qui doit son nom (La Narbonnaise) à sa capitale fondée en 118 av. J.-C. sur les bouches de l’Aude, Narbonne. Mais peu après, ces territoires sont menacés par les Cimbres et les Teutons, des envahisseurs venus du Nord, obligeant Rome à envoyer cinq légions, sous la direction de Marius, qui campent pendant deux ans sur les bords du Rhône. (Sous César, la légion comprenait 6000 hommes, répartis en cohortes, manipules et centuries). En 102 av. J.-C., Marius arrête l’invasion des Teutons en les anéantissant dans une terrible bataille sur les bords de l’Arc, vers Aix. Cette victoire assied la domination romaine sur la Provence, qui se confirme, malgré quelques révoltes dans le siècle qui suit.
L’installation romaine ne se fait pas aux dépens de Marseille, au contraire, elle accroît son territoire vers l’intérieur.
Cependant, dans la lutte que se livrent les chefs militaires pour la conquête du pouvoir à Rome, Marseille choisit Pompée contre César. Ce dernier assiège alors Marseille en 49 av. J.-C., et l’oblige à capituler. Tout en gardant un gouvernement autonome, la ville grecque perd désormais la plupart de ses privilèges, et demeure un isolat dans une province romaine. Le prélèvement d’impôts, la levée de troupes auxiliaires et la construction de routes (Via Julia Augusta, Via Domitia) marquent la tutelle de Rome. Celle-ci se manifeste aussi par l’installation de colonies peuplées de vétérans de l’armée (Arles, Orange, Fréjus). Ces vétérans reçoivent en fait des terres à mettre en valeur. Mais les populations indigènes sont aussi associées à la romanisation par l’intermédiaire de leurs chefs qui entrent dans la clientèle des grandes familles patriciennes de la capitale. Onze cités provençales acquièrent le statut de colonie romaine, ce qui donne à leurs habitants la citoyenneté romaine. Plusieurs Provençaux ont fait carrière dans les armes ou dans les lettres, voire en politique.
UNE ROMANISATION RÉUSSIE
Ces réussites individuelles sont les témoignages les plus visibles d’une romanisation profonde de la province qui connaît une période de prospérité sous l’Empire. L’agriculture se développe (blé,
vin, huile, élevage de moutons et de porcs), soit par la mise en valeur des "centuries" par les colons, soit dans de grandes exploitations rurales, les "villae". Mais la romanité se traduit surtout dans les villes par l’édification de monuments, souvent financée par de riches mécènes. Ces monuments témoignent de la diffusion d’une culture et d’un mode de vie : aqueducs, thermes, théâtres, amphithéâtres, et plus largement l’urbanisme avec les voies principales, le forum, les temples et les monuments dédiés à la gloire d’un empereur, ou aux victoires qu’il a remportées.
La romanisation n’est cependant ni rapide, ni totale ; à côté des villes romaines subsistent des villages indigènes. Dans le domaine religieux, les cultes de fécondité anciens se maintiennent près des sources. Le vent et les montagnes (Ventoux, Sainte-Victoire) sont aussi vénérés, ainsi que des divinités locales. Mais les divinités gréco-romaines trouvent également leur place, ainsi que des cultes venus d’Orient. Le culte romain officiel, c’est-à-dire le culte civique impérial, est pratiqué dans les villes par les notables, auxquels le peuple est associé, dans des sortes de confréries. Au total, la Provence et plus largement la Narbonnaise, apparaît comme la province la plus romanisée de l’Empire. "Plus qu’une province, c’est une autre Italie" (Pline).
VERS LES MODIFICATIONS
La civilisation romaine s’épanouit jusqu’à une époque assez tardive, dans une Provence relativement épargnée par les premières grandes invasions : les IVème et Vème siècles apparaissent ici comme des périodes de prospérité. Plusieurs réformes administratives redécoupent les territoires, faisant éclater l’ancienne province de Narbonnaise. Ainsi naît la Narbonnaise Seconde en 375, autour d’Aix. Mais à la fin du IVème et au Vème siècle, c’est Arles qui devient capitale régionale, surnommée "petite Rome des Gaules". Elle sert à plusieurs reprises de lieu de séjour aux Empereurs (notamment à Constantin) qui y installent des manufactures d’État et y font battre monnaie. Ville commerçante et riche, elle est l’objet de convoitises et subit plusieurs sièges au Vème siècle de la part des Wisigoths installés de l’autre côté du Rhône. Mais déjà, le pouvoir n’est plus à Rome, et c’est vers les évêques que l’on se tourne souvent pour défendre les villes. En effet, la christianisation a fortement pénétré la région, et, à l’occasion, l’autorité religieuse peut se muer en autorité politique.
L’Empire Romain d’Occident agonise et disparaît en 476.